Cette mélodie empreinte de tristesse accompagne les moments où Bibi se confronte à l'indifférence de ses semblables, ces mages noirs fabriqués en série qui ne manifestent aucune conscience. Le titre japonais "Kagiriaru Jikan" signifie littéralement "un temps limité", évoquant directement l'espérance de vie restreinte de ces créatures artificielles. Les cordes délicates et le piano introspectif tissent une atmosphère de solitude profonde, capturant le désarroi d'un être unique face à des copies sans âme de lui-même.
Ce thème retentit pour la première fois à bord de l'aérocargo transportant les mages noirs de Dali vers Alexandrie. Quand Bibi tente de communiquer avec les pilotes du vaisseau, ceux-ci l'ignorent complètement, poursuivant leurs tâches mécaniquement comme des automates. Cette absence totale de réaction bouleverse profondément le jeune mage qui découvre pour la première fois d'autres êtres lui ressemblant. L'angoisse existentielle qui le saisit alors marque le début de sa quête identitaire, fil conducteur émotionnel de tout le récit.
La musique accompagne également la naissance de Bobby Corwen au Village des Mages Noirs. Deux mages conscients, le n°33 et le n°111, ont recueilli un œuf de chocobo près de sa mère décédée et veillent sur lui avec dévotion. Quand le poussin éclot, les mages ressentent une joie immense qui les fait pleurer. Cette scène devient une révélation pour Bibi, car si les mages peuvent éprouver un tel bonheur face à la naissance d'une nouvelle vie, ils ne peuvent être les "marionnettes sans âme" que Kuja prétend avoir créées.
Le thème incarne la question centrale posée par Final Fantasy IX sur la valeur de l'existence. Les mages noirs disposent d'une espérance de vie d'environ un an, ignorant pourquoi ils "s'arrêtent" soudainement. Cette mortalité programmée, combinée à leur éveil tardif à la conscience, transforme chaque instant de leur courte vie en quelque chose de précieux. Bibi, prototype tombé accidentellement d'un aérocargo et élevé par le Kwe Kwan, représente l'exception qui prouve que même les êtres artificiels peuvent développer une âme véritable.
Final Fantasy IX