Ce thème étrange et légèrement sinistre accompagne chaque apparition de Pile et Face, les bouffons jumeaux de la cour d'Alexandrie. La composition en la mineur à 90 BPM mêle des sonorités de cirque décalées à une atmosphère vaguement menaçante, reflétant parfaitement la nature ambiguë de ces personnages qui oscillent entre le comique et le maléfique. Le titre japonais "Tsukinaki Misora no Dōkeshitachi" (Les bouffons du ciel sans lune) évoque une imagerie nocturne et mystérieuse qui contraste avec leur apparence colorée de bouffons traditionnels. En français, leurs noms font référence aux deux côtés d'une pièce de monnaie : Pile (en bleu) et Face (en rouge).
Pile et Face sont des créatures bien plus anciennes qu'ils n'y paraissent : nés en juillet 1711, ils servent comme mages de cour au château d'Alexandrie depuis 1732, soit près de 70 ans avant les événements du jeu. Dans la version anglaise, ils parlent en antimétabole, répétant les mêmes mots dans l'ordre inverse l'un de l'autre ("Are you sure of this?" / "Sure of this, are you?"). En version japonaise, Pile termine ses phrases par "o-ja'ru" et Face par "go-ja'ru", un dialecte archaïque qui souligne leur nature antique. La version espagnole les nomme "Ton" et "Son" (référence à l'expression "sin ton ni son" signifiant "absurdité"), illustrant comment chaque localisation a cherché un jeu de mots adapté à sa culture.
Leur rôle dans l'intrigue est central et sombre : ils supervisent la construction de l'usine secrète de mages noirs sous le village de Dali, et c'est en juillet 1799 qu'ils font accidentellement tomber un prototype de mage noir d'un aéronef au-dessus de Tréno, celui qui deviendra Bibi. Leur pouvoir le plus redoutable est la capacité d'extraire les chimères d'un invocateur par un rituel ancien, procédé qu'ils utilisent sur Grenat pour permettre à la Reine Branet d'invoquer Bahamut et Odin. Plus tard, ils tentent le même rituel sur Éiko au Mont Gulug, mais échouent car l'invocateur doit avoir au moins 16 ans pour survivre à l'extraction.
La révélation finale concernant Pile et Face constitue l'un des rebondissements les plus surprenants du jeu : après leur défaite face à Marthym (la chimère Maduin protégeant Éiko), Kuja révèle qu'ils ne sont pas de vrais jumeaux mais les deux moitiés d'un démon unique nommé Siamois (Meltigemini). Cette forme monstrueuse, mi-ver mi-démon, constitue leur véritable nature et doit être affrontée comme boss au Mont Gulug. Le nom "Meltigemini" combine l'idée de fusion ("melt") et de jumeaux ("Gemini"), illustrant parfaitement leur dualité factice. Leur thème musical prend ainsi une dimension nouvelle à la lumière de cette révélation : derrière la façade comique des bouffons se cachait depuis le début une créature démoniaque.
Final Fantasy IX