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La PlayStation TV reste à ce jour l’échec commercial le plus cuisant de Sony avec seulement 185 000 ventes en Europe. Retour sur cette microconsole qui promettait de révolutionner le salon mais qui n’a duré que 3 ans à peine.
Lancée au Japon le 14 novembre 2013 sous le nom de PlayStation Vita TV, puis rebaptisée PlayStation TV pour l’Occident en 2014, cette microconsole représentait l’une des stratégies les plus audacieuses de Sony. L’idée sur le papier semblait prometteuse : permettre aux joueurs de découvrir les jeux PS Vita sur grand écran tout en servant de passerelle multimédia pour le salon.
Avec ses dimensions ultra-compactes de 6,5cm × 10,5cm, la PS TV était la plus petite console PlayStation jamais conçue pour se connecter à un téléviseur. Sony misait sur un prix attractif de 99€ en Europe pour séduire un large public, bien loin des tarifs prohibitifs qui caractérisaient habituellement ses consoles de salon. Cette stratégie tarifaire agressive témoignait de la volonté du constructeur de démocratiser l’accès à l’écosystème PlayStation.
La PlayStation TV embarquait exactement les mêmes composants que la PlayStation Vita, notamment le processeur ARM Cortex-A9 quad-core et le GPU SGX543MP4+. Cette configuration lui permettait de faire tourner nativement tous les jeux Vita compatibles, mais aussi d’accéder à un vaste catalogue de titres PSP et PlayStation One via le PlayStation Store.
Le système supportait les manettes DualShock 3 et 4, offrant une expérience de jeu traditionnelle sur téléviseur. Sony avait également intégré des fonctionnalités multimédia avec la prise en charge de services de streaming comme Hulu et Niconico au Japon, positionnant la machine comme un véritable centre de divertissement pour le salon.
L’une des fonctionnalités les plus innovantes de la PlayStation TV était sans conteste le Remote Play avec la PS4. Cette technologie permettait de diffuser les jeux PS4 en temps réel sur un téléviseur équipé d’une PS TV, transformant de facto la microconsole en une PS4 secondaire pour une autre pièce de la maison.
La mise à jour firmware 1.70 de la PS4 avait donné accès à cette fonctionnalité révolutionnaire dès 2014. Les joueurs pouvaient ainsi commencer une partie sur leur PS4 principale et la continuer ailleurs dans la maison via la PS TV, avec une latence minimale en réseau local. Cette approche préfigurait les solutions de cloud gaming actuelles avec plus de dix ans d’avance.
Sony avait également fait de la PS TV l’un des premiers appareils compatibles avec PlayStation Now, son service de jeux en streaming. Cette fonctionnalité donnait accès à une bibliothèque de centaines de jeux PS3 à la demande, sans nécessiter de posséder la console d’origine. Les joueurs pouvaient ainsi découvrir des exclusivités comme The Last of Us, God of War ou Ratchet & Clank directement sur leur PS TV.
Cette intégration du cloud gaming dès 2014 démontrait la vision avant-gardiste de Sony, qui anticipait déjà la transition vers les services dématérialisés. Malheureusement, les infrastructures réseau de l’époque n’étaient pas encore assez matures pour garantir une expérience optimale, limitant l’adoption de ces fonctionnalités pourtant prometteuses.
Malgré ses innovations, la PlayStation TV souffrait de limitations techniques majeures qui ont considérablement nui à son adoption. Le principal problème résidait dans la compatibilité limitée avec le catalogue PS Vita. De nombreux jeux exploitant les spécificités de la console portable – écran tactile, caméras, gyroscope, microphone – ne fonctionnaient tout simplement pas sur PS TV.
Cette incompatibilité touchait des titres populaires et fragilisait la proposition de valeur de la console. Les joueurs se retrouvaient avec une bibliothèque amputée, ne pouvant profiter pleinement de l’écosystème Vita qu’ils espéraient découvrir. Sony avait établi une liste blanche de jeux compatibles, mais elle restait frustrante pour les utilisateurs qui ne comprenaient pas pourquoi certains titres étaient exclus.
Le marketing de la PlayStation TV pâtissait également d’un positionnement flou. Sony peinait à expliquer clairement à quoi servait cette console hybride : était-ce une PS Vita de salon, un accessoire PS4, ou un boîtier multimédia ? Cette confusion a nui à la compréhension du produit par le grand public et les médias spécialisés.
L’absence de campagne publicitaire massive et la communication erratique ont également contribué à la méconnaissance de la PS TV. Beaucoup de joueurs ignoraient tout simplement son existence, malgré ses fonctionnalités innovantes. Cette discrétion marketing contrastait avec les lancements orchestrés des autres consoles PlayStation.
Les résultats commerciaux de la PlayStation TV se révélèrent désastreux pour Sony. En Europe, la console ne s’est écoulée qu’à 185 000 exemplaires, un chiffre dérisoire pour un produit Sony de cette envergure. Ces ventes ridicules contrastaient violemment avec les succès habituels de la marque PlayStation sur le marché européen.
La situation n’était guère plus reluisante dans les autres territoires. Aux États-Unis, les ventes restaient confidentielles, forçant Sony à multiplier les baisses de prix drastiques pour écouler ses stocks. Le prix est même descendu jusqu’à 20$ sur le store officiel de Sony en août 2015, période ou j’ai acheté la mienne à 20 € dans un Auchan, témoignant de la détresse commerciale du produit.
Face à ce désastre commercial, Sony a officiellement arrêté la production de la PlayStation TV en mars 2016, soit à peine plus de deux ans après son lancement en Occident. Cette décision drastique marquait un aveu d’échec cuisant pour le constructeur japonais, habitué aux succès retentissants de ses consoles principales.
L’arrêt de production s’est accompagné de la disparition progressive de la PS TV des circuits de distribution. Les derniers stocks ont été bradés à prix cassés, transformant cette console d’innovation en produit de déstockage. Cette fin brutale a privé les rares utilisateurs satisfaits de tout support à long terme.
Paradoxalement, l’échec commercial de la PlayStation TV a créé sa rareté, transformant cette console boudée en véritable objet de collection. Sur le marché de l’occasion, notamment sur eBay, les prix oscillent désormais entre 150€ et 300€ pour un exemplaire en bon état, soit bien plus que son prix de lancement de 99€. Les éditions neuves sous blister atteignent parfois des sommets avec des enchères dépassant les 400€.
Cette inflation s’explique par la convergence de plusieurs facteurs : l’arrêt brutal de la production, la prise de conscience tardive de ses qualités par les collectionneurs, et surtout l’émergence d’une scène homebrew active. Les consoles avec firmware bas (3.60 et inférieurs) sont particulièrement recherchées, pouvant atteindre des prix encore plus élevés en raison de leur compatibilité avec les jailbreaks.
Le marché secondaire de la PS TV révèle une segmentation intéressante. Les consoles européennes PAL sont généralement plus chères que leurs homologues américaines, en raison de volumes de vente initialement plus faibles. Les éditions japonaises PS Vita TV, surtout les versions limitées comme l’édition God Eater, peuvent atteindre des prix astronomiques pour les collectionneurs.
Les accessoires d’origine (support vertical, cartes mémoire propriétaires) voient également leurs prix s’envoler sur le marché de l’occasion. Cette dynamique témoigne de l’intérêt croissant pour cette console méconnue, transformant un échec commercial en success story pour les collectionneurs avisés qui avaient investi à l’époque.
Au-delà de son statut de pièce de collection, la PlayStation TV a trouvé une seconde vie grâce à la scène homebrew particulièrement active. Le jailbreak HENkaku, initialement développé pour PS Vita, fonctionne parfaitement sur PS TV et ouvre l’accès à un écosystème d’applications non officielles particulièrement riche.
La PS TV jailbreakée devient alors une véritable machine d’émulation rétro, capable de faire tourner des émulateurs pour GameBoy, SNES, Mega Drive, PlayStation One et même certains jeux Nintendo 64. Le tout s’affiche en haute définition sur un téléviseur moderne, offrant une expérience nostalgique premium que Sony n’avait jamais imaginée.
Le CFW Ensō permet d’installer un hack permanent sur les firmwares 3.65 et inférieurs, transformant radicalement l’utilisation de la console. Les utilisateurs peuvent alors installer RetroArch avec plus de 80 cœurs d’émulation, créer des sauvegardes de leurs jeux, et surtout contourner la fameuse whitelist qui limitait la compatibilité avec les jeux Vita.
Cette scène homebrew active explique en grande partie la valorisation actuelle de la console sur le marché de l’occasion. Les passionnés d’émulation recherchent spécifiquement les PS TV avec firmware bas, créant une demande soutenue qui maintient les prix à des niveaux élevés. Ironiquement, l’échec commercial initial de Sony a créé les conditions parfaites pour l’émergence de cette communauté underground.
Paradoxalement, la PlayStation TV a posé les bases technologiques de nombreuses innovations actuelles de Sony. Le Remote Play, initialement développé pour cette console, est devenu une fonctionnalité phare de la PS5 et du PlayStation Portal. Cette technologie de streaming local s’est révélée visionnaire, même si elle était trop précoce en 2014.
Le concept de microconsole polyvalente a également inspiré les solutions actuelles comme l’Apple TV ou les dongles Android TV. Sony avait anticipé la convergence entre gaming et streaming multimédia, mais l’écosystème n’était pas encore prêt pour cette révolution. L’émergence ultérieure du cloud gaming lui a donné raison sur le fond.
L’échec de la PlayStation TV a enseigné à Sony l’importance cruciale du timing dans l’industrie technologique. Avoir la bonne idée ne suffit pas si l’infrastructure et le marché ne sont pas matures. Cette leçon a probablement influencé l’approche plus prudente adoptée par Sony pour le lancement du PlayStation Portal en 2023.
Cette expérience a également souligné l’importance d’une communication claire et d’un positionnement marketing précis. Les innovations les plus brillantes peuvent échouer si elles ne sont pas correctement expliquées au public cible. Sony a retenu cette leçon pour ses lancements ultérieurs, privilégiant des messages plus simples et directs.
La PS TV, c'est un peu la console fantôme de Sony : même les employés du SAV ne savaient pas ce que c'était quand on appelait pour un problème.
Ric , Collectionneur de consoles oubliées
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