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Sephiroth est élu meilleur méchant du jeu vidéo depuis 30 ans. Sur n’importe quel classement, dans n’importe quel magazine, il finit dans le top 3. Le problème, c’est que cette réputation repose sur 3 choses et 3 choses seulement. Ses cheveux argentés, sa grande épée et la mort d’Aerith. Rien d’autre.
La défense classique de Sephiroth tient en quelques arguments que ses fans ressortent depuis Final Fantasy VII en 1997. Il est visuellement inoubliable, grand, élancé, cape noire, cheveux blancs jusqu’aux genoux, une seule aile noire dans sa forme finale. Son thème musical One-Winged Angel reste l’une des compositions les plus reconnues de l’histoire du jeu vidéo. Et il tue Aerith, ce qui représente l’un des moments les plus dévastateurs que le RPG ait jamais produit.
Son arc narratif a également ses défenseurs. Ancien héros de guerre de la SOLDIER corrompue de Shinra, il découvre qu’il est le produit d’une expérimentation génétique sur une entité extraterrestre appelée Jenova et sombre dans la folie. L’idée d’un personnage qui était jadis respecté et qui bascule après une révélation sur ses origines est une construction solide sur le papier. Sephiroth en tant que concept, en tant que silhouette, en tant que musique, est effectivement excellent.
One-Winged Angel, composé par Nobuo Uematsu pour le combat final de Final Fantasy VII, est l’une des plus grandes compositions de l’histoire du jeu vidéo. Premier thème de la saga à utiliser un orchestre et des chœurs en latin, il est immédiatement reconnaissable par des millions de personnes qui n’ont jamais touché à FF7. Il a été repris, orchestré, rejoué dans des salles de concert du monde entier pendant 30 ans. C’est une œuvre à part entière.
Le problème c’est que ce thème est tellement puissant qu’il fait le travail émotionnel que le personnage devrait faire lui-même. Quand la musique démarre, tout le monde ressent quelque chose. Retirez-la, et le combat final contre Sephiroth devient un affrontement ordinaire contre un antagoniste aux motivations floues. La musique compense ce que l’écriture n’a pas réussi à construire seule. Son aura est entièrement externalisée, portée par son design et sa bande-son, jamais par ses actes ou ses idées.
Le problème commence quand on regarde Sephiroth en dehors de FF7 original. Dans Final Fantasy VII Advent Children, il devient un antagoniste générique dont la seule ambition est d’être encore plus cool qu’avant. Dans les spin-offs comme Crisis Core, plus on le montre, plus il rétrécit. GameSpy avait déjà tranché en le qualifiant de « King of Overrated Characters », arguant que les joueurs n’étaient impressionnés que par son design et le meurtre d’Aerith, pas par la profondeur de son écriture. IGN avait souligné que « ses motivations étaient aussi claires que de la boue », et GamesRadar avait comparé son caractère à celui « d’un comptable mort peint en marron » face à Kefka de Final Fantasy VI.
Et c’est là que la comparaison devient implacable. Kefka Palazzo, le méchant de Final Fantasy VI, est tout ce que Sephiroth prétend être sans jamais vraiment l’être. Kefka atteint réellement son objectif, il détruit le monde, il règne dessus, il est nihiliste jusqu’au bout et ne prétend à aucune grandeur tragique. Sa folie est cohérente, ses actes sont concrets et irréversibles, et sa confrontation finale pose une vraie question philosophique sur le sens de la vie face à l’absurdité totale. Sephiroth, lui, rate sa principale mission dans chaque jeu où il apparaît et revient systématiquement dans la suite suivante.
Kefka n’est pas le seul à écraser Sephiroth dans une comparaison honnête. SHODAN dans System Shock 2 construit une présence terrifiante pendant toute la durée du jeu sans jamais apparaître physiquement, en manipulant le joueur via la voix seule. GLaDOS dans Portal est à la fois drôle, inquiétante et tragique en moins de 4 heures de jeu, ce qu’aucun des 30 ans de présence de Sephiroth n’a réussi à accomplir de manière aussi économe. Vaas Montenegro dans Far Cry 3 n’a que quelques scènes mais elles restent gravées parce qu’elles disent quelque chose de vrai sur la psychologie humaine. Andrew Ryan dans BioShock est un méchant dont les idées sont plus dangereuses que ses actes et dont l’effondrement est une tragédie intellectuelle.
Ils existent tous indépendamment de leur apparence. Retirez la cape, les cheveux et One-Winged Angel à Sephiroth, et il ne reste qu’un fils à sa mère en crise existentielle qui veut détruire une planète sans jamais y parvenir.
Le cas le plus révélateur reste Seymour Guado dans Final Fantasy X, un méchant de la même franchise que Sephiroth, sorti seulement 4 ans après FF7, et dont personne ne parle jamais. Seymour est un personnage qui veut annihiler l’humanité entière non par soif de pouvoir, mais pour la libérer de la souffrance qu’il a lui-même vécue. Son arc sur le deuil, la douleur existentielle et la tentation du néant est philosophiquement infiniment plus riche que la crise identitaire de Sephiroth. Il n’a ni le thème musical culte, ni le marketing de Square derrière lui, juste une coupe de cheveux digne de Wish version JRPG. Et pourtant, son écriture écrase celle de Sephiroth sur presque tous les plans.
C’est un méchant de façade, brillamment emballé par le marketing de Square et la nostalgie de toute une génération qui a grandi avec Final Fantasy VII. Ce n’est pas une raison suffisante pour lui accorder le titre de meilleur méchant du jeu vidéo depuis 30 ans.
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