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Beethoven & Dinosaur signe avec Mixtape son retour cinq ans après The Artful Escape, son premier jeu BAFTA award-winning publié lui aussi par Annapurna Interactive. Sorti le 7 mai 2026 sur PC, PS5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch 2, le jeu est disponible dans le Xbox Game Pass Ultimate dès son lancement. Testé sur PC avec une RTX 4090 et 64 Go de RAM via le Game Pass Ultimate, voici notre verdict.
Mixtape est difficile à catégoriser et c’est précisément son premier argument. Le jeu suit Stacy Rockford, passionnée de musique qui rêve de devenir superviseuse musicale à New York, lors de sa dernière journée dans la ville de Blue Moon Lagoon en Californie du Nord au milieu des années 90. Elle passe cette dernière soirée avec ses deux meilleurs amis : Cassandra, qui part pour Los Angeles pour ses études, et Val Slater, qui ne sait pas encore ce qui l’attend. Le prétexte narratif est mince mais terriblement efficace : organiser une fête, se remémorer les grands passages de leur amitié, et avancer vers une vie d’adulte qui ne leur laissera plus jamais ce type de soirée.
La structure du jeu est celle d’une vraie mixtape. Chaque chapitre est une piste, chaque piste est associée à un morceau de la playlist que Rockford a composée dans son walkman, et chaque morceau conditionne l’atmosphère et le gameplay de la séquence qu’il accompagne. De Alice Coltrane à Portishead en passant par Smashing Pumpkins, DEVO, Iggy Pop, Joy Division, Roxy Music et même la bande-son de Transformers, la bande-son n’est pas un habillage mais une architecture narrative. C’est ce que Johnny Galvatron, directeur créatif du studio, avait fait avec une vraie mixtape qu’il avait assemblée pour voir « quelle histoire elle pouvait raconter » via les crescendos et les creux musicaux. Le résultat est un jeu qui respire au rythme de sa musique.
La direction artistique est l’une des plus cohérentes de l’année. Les personnages se déplacent en stop-motion à 12 images par seconde, à la manière de Spider-Man: Into the Spider-Verse ou South of Midnight, dans un monde en 3D fluide et coloré. Ce décalage entre l’animation saccadée des protagonistes et la fluidité de l’environnement peut déconcerter pendant les premières minutes, mais colle parfaitement à l’esthétique nostalgique du jeu. On pourrait vagabonder dans l’univers de Blue Moon Lagoon des heures durant, et c’est un compliment sincère.
Mixtape n’est pas un jeu au sens traditionnel du terme, et c’est une décision totalement assumée. Le gameplay se déploie sous forme de mini-vignettes interactives déclenchées lors de flash-backs : une session de skate où l’on balance le personnage sur la route, une séquence de baseball où l’on frappe au bon moment, une virée nocturne en voiture volante, une fuite en cadis dans un supermarché, un premier baiser où le joueur contrôle les deux langues simultanément. Il n’y a virtuellement aucun scoring, aucune mort possible, et un système de rewind automatique pour les rares fois où une action ne se déroule pas comme prévu.
Ce minimalisme du gameplay est le point qui divisera le plus. Pour quiconque cherche un challenge ou une progression mécanique claire, Mixtape sera une frustration. C’est assumé par le studio et c’est cohérent avec la vision du jeu. Pour les autres, ce gameplay léger libère une attention totale pour l’histoire, les personnages et la musique. La durée de vie entre 3h30 et 5 heures selon le rythme de chacun est pile la bonne. Ni trop longue pour épuiser l’émotion, ni trop courte pour laisser le joueur sur sa faim. On note quelques mini-boucles de gameplay qui manquent d’imagination pour se renouveler dans la durée, notamment les séquences de skate dont la mécanique s’essouffle légèrement sur la longueur. Mais ces moments sont rares et jamais rédhibitoires.
Le véritable trésor de Mixtape est son écriture. Les dialogues des trois adolescents sonnent juste sans jamais tomber dans le cliché forcé, ce qui est une prouesse dans un genre aussi balisé que le coming-of-age. Johnny Galvatron a puisé dans ses propres souvenirs d’adolescence et ceux de son équipe chez Beethoven & Dinosaur pour garder une authenticité réelle malgré le cadre animé. Le jeu emprunte sa grammaire au cinéma indé américain des 90’s avec une précision qui rappelle John Hughes (La Folle Journée de Ferris Bueller en tête), Richard Linklater (Dazed and Confused) et High Fidelity. Les références sont digérées, pas plaquées.
La fin est à l’image du reste : sobre, juste, sans larmes forcées ni résolution artificielle. Le jeu se termine comme il a commencé, dans un équilibre émotionnel rare. C’est dans ce dialogue final, humble et touchant, que Mixtape dit tout ce qu’il a à dire sur la puissance évocatrice de la musique et sur ce que ça fait de grandir. Kotaku a qualifié le jeu de « parfait mélange de cœur et d’humour ». Le test de Planet Xbox cité en introduction de ce texte l’a même désigné comme son GOTY 2026 provisoire. Notre avis est un peu plus tempéré sur ce point, mais l’enthousiasme est compréhensible.
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